Bloch

BLOCH, Alice Berthe (age 37)
BLOCH, Jacques Benjamin (age 11)
BLOCH, Nicole Berthe (age 13)
BLOCH, Rodolphe Marcel (age 41)

The BLOCH family received visas signed by Vice-Consul Manuel Vieira Braga (following instructions from Aristides de Sousa Mendes) in Bayonne, France on June 20, 1940.

They crossed into Portugal and subsequently sailed on the ship Nea Hellas from Lisbon to New York in September 1940.

BLOCH Family

BLOCH Family


visa signed by Braga for the BLOCH family

visa signed by Braga for the BLOCH family






































Jacques Benjamin BLOCH testimonial

Ma famille vient d’au-delà, des frontières, de ces contrées où l’on cultive le raisin, pas le beau pays de Mr. Sarkosy, je parle du Rhin. Du coté de ma mère, un père, patriote alsacien et une mère de Boppard am Rhein, ville jumelée avec notre commune de Ledeberg. Du coté de mon père mon grand-père venait de Neukirchen et ma grand-mère de Recklinghausen. L’un avait quitté l’Alsace pour ne pas devenir soldat allemand, l’autre l’Allemagne pour exercer son métier de boulanger à Bruxelles où il fut assez vite renommé. Mon père était venu à Gand avec l’Union St. Gilloise, a visité son oncle et a épousé la fille. Il travaillait à la Banque de Bruxelles, il devint boulanger, suivant ainsi la tradition familiale. Je me souviens qu’il se levait la nuit pour travailler avec ses ouvriers, la lutte pour former le dernier pistolet était quotidienne et homérique.

Nous, ma sœur et moi, vivions la vie de bourgeois, enfants chéris et gatés. Rien ne nous faisait soupçonner le destin qui nous attendait. Je me souviens assez indistinctement des premiers indices de ce qui allait se passer, des étrangers, invités à notre table, de longues conversations en allemand. Ma grand-mère, celle qui fut déportée et mourut à Auschwitz, me parla un jour, je me rappelle que l’on se promenait marché aux grains, d’un méchant, appelé Hitler, qui rendait la vie des juifs misérable. Je ne savais même pas à cette époque que j’étais juif et appris ainsi ce qui resta et reste encore avec mon appartenance, le pivot de ma vie. J’appris plus tard que mon père alla en Allemagne pour aider un cousin. Les juifs qui en recevait la permission pouvaient quitter l’Allemagne nazie, mais ne pouvait rien emporter comme argent. L’oncle de mon père lui demanda de l’aider, ce qu’il fit. Il alla à Dusseldorf et sorti l’argent. Pendant le trajet de retour, un allemand essaya de le faire parler en critiquant le régime. Mon père ne répondit pas mais arrivé en Belgique il prit la décision de ne pas rester en cas d’invasion. Je ne sais pas comment il se confia à l’agent de quartier, mais c’est grace à cet agent que nous avons survécu.

L’invasion eut lieu le vendredi 10 mai 1940. J’avais 12 ans. Le 15, l’agent De Caster prévint mon père que le front avait été rompu; une heure plus tard on était sur la route. Ma grand-mère Sophie, qui devait nous accompagner, refusa de partir sur le pas de la porte. On partit en taxi, comme tout bon bourgeois, direction Ostende, avec l’intention de rejoindre ma tante qui habitait à Londres. L’ironie est que mon père avait écrit à sa sœur en Septembre 39 en lui offrant de l’héberger ici pour éviter les bombardements. Arrivés à Ostende, impossible de prendre la malle réservée aux Anglais qui retournaient chez eux. Décision : le prochain port est Calais donc vicinal pour Adinkerke, marche de l’arrêt du tram jusqu’à la gare. Pas de train; demain matin; nous dormons dans une grange debout à 5 heure pour prendre le premier train. Le train part, nous sommes dans des wagons de marchandise. Il se met en route, s’arrête, se remet en route etc. finesse du poil en quinze heures nous arrivons à Menin, où nous trouvons naturellement la frontière fermée. Nouvelle nuit dans nouvelle grange redépart à 6 heure. On nous laisse passer, les passeports sont en règle. A peine 1 kilomètre plus loin nous sommes rattrapés par la camionnette de la douane. On a décidé de fermer la frontière. Les douaniers nous donnent un lift jusqu’à Arras où nous subissons notre seul et unique raid aérien.

Mon père téléphone à un cousin de Paris qui lui déconseille de venir à Paris. En effet les Français sont en train d’évacuer la capitale. Il nous suggère une petite auberge à Lury-sur-Arnon où il a passé les dernières vacances. On prends le train pour Bourges, je ne me rappelle pas bien, mais au milieu de la nuit lors d’un arrêt en gare la Croix Rouge me réanime avec du chocolat chaud. Arrivée à Bourges on se précipite dans le premier hôtel venu où l’on s’endort du sommeil des justes. Au réveil l’hôtelier nous demande si nous avons bien dormi. Nous avions dormi jusqu’au surlendemain!

De Bourges bus vers Lury où nous trouvons une merveilleuse petite auberge et où je vais à l’école communale. Les classes étaient groupées et les élèves accueillants. Mes parents contactent ma tante en Angleterre, qui nous réponds qu’ils s’occupent de nous procurer un visa. Mon père trouve du travail comme boulanger et nous déménageons à Sansergues. Déménagement fait, le nouveau boulanger travaille une nuit et la fuite recommence, le front a été rompu. Départ pour Bourges, où, faute de train, nous dormons sur le parvis de la gare. Le matin on parviens à trouver un bus vers Chateauroux. Quelle joie, cependant à l’arrivée nous sommes plus ou moins empêchés de descendre. Un gendarme nous attends et demande les papiers militaires de mon père, qui s’exécute, puis demande où nous allons. Mon père lui dit que nous voulons aller à Bordeaux pour aller en Angleterre et sort la lettre de sa sœur; tout est bien, nous pouvons passer. Raison de notre presque arrestation notre accent belge et le fait que mon père était rasé car nous n’étions parti que la veille.

De Chateauroux vers Limoges puis Bordeaux, où nous nous arrêtons pour essayer d’embarquer vers l’Angleterre sans succès. Je me rappelle que nous avons mangé dans un café où nous avons entendu l’appel de Paul Reynaud au président Roosevelt. On nous conseille d’aller à Biarritz pour essayer de passer la frontière espagnole. Mon père refuse de dormir dans un séjour prévu pour les réfugiés car les familles sont séparées, et nous atterrissons dans une pension à l’extérieur de Biarritz.

Dès le lendemain nous nous rendons à Bayonne pour essayer d’avoir un visa vers l’Angleterre où à défaut un visa pour sortir de la France. L’Angleterre c’est ZERO, donc il nous reste que le Portugal pour continuer notre randonnée touristique. Le malheur est que ni l’Espagne ni le Portugal ne donnait des visas. L’Espagne, elle donnait des visas de transit pour une destination ultérieure. Je ne comprends pas comment mon père n’a pas été pris de panique. Toujours est-il que nous sommes allés le lendemain au consulat portugais et que grace à un consul plus qu’humain nous avons reçu un visa, auquel nous pouvons dire a sauvé notre vie.

Le visa espagnol le lendemain était presque sans histoire. On ramassait nos passeports et on nous disait de revenir les chercher dans l’après-midi. Nous partons et sur le chemin rencontrons une connaissance de mon père à qui nous racontons notre histoire. Quand mon père lui dit que notre passeport se faisait estampillé au consulat espagnol, il nous renvoya là en disant de ne jamais s’éloigner de ses papiers. Bien nous en fit, quand nous retournâmes, ils étaient en train de jeter les passeport du haut d’un escalier extérieur.

Munis de nos papiers, il ne nous restait plus qu’à obtenir un visa de sortie pour quitter la France. Le lendemain matin de retour à Bayonne, cette fois-ci à la préfecture pour avoir un visa de sortie afin de pouvoir quitter la France. Nous faisons antichambre avec d’autre réfugiés quand un employé vint annoncer que les belges, tchèques, polonais et luxembourgeois ne devait plus avoir le fameux visa. Nous partons et tout heureux prenons le chemin de Hendaye.

Arrivé au pont qui sépare la France de l’Espagne nous tombons sur un douanier qui ne prétends pas nous laisser passer sans visa. Retour à Hendaye ou nous nous présentons à la gendarmerie. D’abord les gendarmes refusent de donner un visa en disant qu’il n’est plus nécessaire, ma mère le leurs demande en expliquant qu’au fonds ce visa ne représentait plus rien mais était nécessaire pour amadouer le cerbère du pont.

Notre traversée de l’Espagne fut incroyable. On prit le train à Hendaye et n’eurent droit d’en sortir qu’à la frontière portugaise. Nous arrivons au Portugal vers 23h30. Aucun train à prendre. On nous explique que comme nos visas ne sont pas cachère nous devons aller à Porto. On nous donne l’adresse d’une pension bon marché et quelqu’un nous offre d’attendre le train du matin dans sa voiture. Arrivée le matin vers 7h-7h30 à Porto. En face de la sortie de la gare nous rentrons dans un café ou l’on nous sert un petit déjeuner avec le meilleur café que j’ai bu de ma vie.

Ravigorée, la famille Klepkes se remet en route pour trouver la fameuse pension. Nous la trouvons à gauche de l’église. La pension Fénianos se trouvait au troisième étage d’un immeuble fin 19°. Assez fraiche dans la canicule de l’été portugais elle s’étalait sur deux étages : le bas avec une grande salle à manger et le second qui était une galerie ou se trouvait les chambers. Le tout pas trop mal. Nous y fîmes connaissance avec des puces voraces qui conjuguées avec un pensionnaire crachoteux et une soupe verte qui apparaissait chaque fois que la municipalité tondait le gazon sont les seuls souvenirs que j’ai gardé de la Pensaô Fenianos. La pension était située Avenida dos Alliados, l’avenue où se trouvait aussi les consulats anglais, américains et une autre pension, la Pensoa dos Alliados, d’une meilleure catégorie que la nôtre. Après deux ou trois semaines nous parvinrent à trouver place dans celle-ci. Fini les puces et la soupe verte, bonjour la soupe au choux portugaise.

Nos soucis n’étaient pas principalement gastronomique ; tous les jours la famille se rendait ou à la banque, ou au consulat anglais. Nous avions le soutien de la famille anglaise, mais rien n’y fit, les Anglais n’acceptaient que des hommes capable d’être soldat. Ma mère se souvint qu’elle avait aussi de la famille aux USA. Les parents décidèrent d’essayer dans cette direction. Après quelques jours anxieux on reçu un télégramme nous promettant l’affidavit nécessaire.

Le contact avec le consulat américain fut plus fructueux. Comme le quota d’immigration belge était pour ainsi dire vide, la procédure fut mise en route ; d’abord prolonger les passeports, que le consul belge à Porto fit, malgré qu’ils étaient échus, puis l’inspection médicale, puis vendre la bague de fiançailles de ma mère pour payer le voyage en 3° classe et quelques jours plus tard le voyage vers Lisbonne où après une nuit nous embarquâmes sur un bateau grec : Le Nea Hellas.

Notre traversée fut sans histoire, la Grèce n’était pas encore en guerre. Les flancs du bateau étaient éclairés pour bien exhiber les énormes drapeaux grecs peints sur les flancs du navire. Le seul incident de la traversée fut l’apparition d’un sous marin dont j’ignore la nationalité. Je passais mon temps à courir à travers le bateau et en entre autre à la cuisine où les cuistots me gavait de crème glacée.

Ellis Island était clos pour la nuit et on dut attendre le matin pour rentrer dans le port de New York, attente nerveuse dont je me souviens toujours. Les rives de l’East River étaient éclairées avec des lampes au sodium dont les reflets oranges augmentaient la durée de notre arrêt. Ellis Island était le cauchemar de tout les immigrants, mais on eu aucune difficulté. Les inspecteurs montèrent à bord et tout se passa sans problèmes. Le bateau reprit sa route et nous eûmes le spectacle unique réservé aux persécutés : la statue de la Liberté nous montrant le chemin du salut, de l’avenir c’est en effet une des plus fortes émotions de ma vie.